LU SUR « MEDIAPART » : « Madagascar est devenu  le pays du kidnapping »

LU SUR « MEDIAPART » : « Madagascar est devenu le pays du kidnapping »

Le très réputé site d’information et d’investigation « Médiapart » a publié un long article très fourni, évoquant les problèmes de kidnappings à Madagascar. Ecrit par Fanny Pigeaud et mis en ligne mardi dernier, il a dressé un tableau très sombre de la situation de l’insécurité au pays. Nous reproduisons pour nos lecteurs des larges extraits, remettant sur le tapis la question des impacts de ce fléau sur l’économie malgache, ainsi que les risques, réels, de fuite de capitaux étrangers, si aucune véritable solution n’est trouvée.

« (…)Au-delà de la peur et du traumatisme psychologique qu’il cause aux victimes et à leurs familles, le phénomène pourrait avoir des conséquences pour l’économie du pays. ‟La communauté indienne est en train de s’interroger sur la pérennité de sa présence à Madagascar. On a observé depuis le mois de juin 2017, après la libération de Yanish Ismaël, qu’entre 30 et 40 familles s’étaient relocalisées à Maurice. Les femmes et les enfants sont mis à l’abri là-bas, tandis que les pères de famille font le va-et-vient entre Maurice et Madagascar où ils continuent de gérer leurs affaires. Le risque, si le problème persiste, est que ces opérateurs délocalisent leurs activités ailleurs”, affirme Jean-Michel Frachet explique Jean-Michel Frachet, (ndlr : directeur du Collectif des Français d’origine indienne de Madagascar (CFOIM). ‟Madagascar est devenu le pays du kidnapping. En termes d’image, c’est catastrophique. Le pays a pourtant tellement d’atouts”, ajoute-t-il.

Des complicités au sein des forces de sécurité pourraient aussi entrer en ligne de compte.  ‟Si au départ, il a pu s’agir de règlements de comptes internes à la communauté indienne, (…) aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas. On a de bonnes raisons de penser qu’il s’agit d’une organisation criminelle organisée. Les armes qui sont utilisées, les moyens mis en œuvre, la protection dont ces personnes semblent disposer, donnent à penser qu’elles pourraient avoir des complices, y compris dans les services de sécurité malgache”, a souligné en mai 2017, Jean-Hervé Fraslin, conseiller consulaire élu par les Français de Madagascar. Soupçonnant elles aussi des collusions entre les forces de sécurité et les ravisseurs, peu de familles de victimes ont jusqu’ici porté plainte et collaboré avec la police. Il y a par conséquent eu peu d’enquêtes et de procès. Une affaire a tout de même apporté quelques éléments : des policiers et des agents pénitentiaires de Toamasina ont été mis en cause dans l’enlèvement d’Annie et Arnaud en 2015. Un magistrat de cette ville de la côte Est a aussi été inculpé et a été brièvement incarcéré. Il ne s’est cependant pas présenté au procès qui s’est tenu fin 2017 à Antananarivo et il a finalement été acquitté. La manière dont lui et certains des 74 autres accusés ont été ‟blanchis” a laissé penser à une partie de l’opinion publique que de hautes autorités du pays pouvaient aussi être impliquées (…).

Dans sa déclaration collective de fin janvier, le patronat malgache est allé plus loin encore : ‟Les enlèvements sont devenus un véritable business d’une mafia dont les ramifications sembleraient atteindre les hautes sphères du pouvoir militaire et politique, créant une situation de terreur nationale. Si de hautes personnalités censées nous gouverner ou nous protéger versent dans des pratiques aussi crapuleuses que criminelles, il y a lieu, non seulement de tirer la sonnette d’alarme, mais également de craindre le pire”.  L’idée de connivences avec le plus haut niveau de l’État n’a rien de farfelu : il est déjà avéré que des éléments des forces de sécurité, des hauts fonctionnaires, des ministres, des juges, des députés sont impliqués dans divers trafics de ressources naturelles et d’autres activités illégales. Depuis plusieurs mois, les partenaires du pays interpellent régulièrement les autorités. L’ambassadeur de l’Inde à Madagascar a par exemple sommé fin janvier ‟les dirigeants à prendre leurs responsabilités afin que le phénomène de kidnapping cesse”. Quelques mois auparavant, le premier ministre, Olivier Mahafaly, avait reconnu que ‟la recrudescence des rapts est un fait qu’on ne peut nier” (…) ».

(Source: www.mediapart.fr)